Hatice Pınarbaşi

Salon de Montrouge    2021

Curated by Marie Gautier


l est ici présenté une violence pas si muette, des trous de balles, des trous de mémoire à la langue pendue, illégale et dérangeante. Tah Tah Tah Kalash en pinceau. Des lettres qui étirent la langue.
Un mot trop gros pour tenir dans l’espace. La peinture se dilue en ronces, s’enroule autour des lettres ; ce sont des corps enlacés à tendance piquante ou excitante qui discutent des identités. Les roses traversent la montagne. Entre motif et symbole, tissus imprimés et figures peintes. Elles piquent, les barbelés aussi. On y retrouve les morceaux de tissus déchirés, quelqu’un a dû passer sous la lune, peut-être s'accrocher à sa lueur, lui adresser une prière. 

Ici, la musique m’a fait peindre, un chant contestataire kurde et
une musique turque dont je m’inspire. « Kîne'em ? » signifie «
Qui sommes-nous ? » et « Kime ne ? » signifie « S’en fout-on? ». «KÎNE’EM, KIME NE» une fois trans- cris en phonétique me permet d’entendre «Qui mène, Qui aime, Qui haine». Il y a plusieurs langues et plusieurs sens dans ce mot. C’est l’oralité dans la langue qui permet d’ouvrir et délier l’autorité du langage. Le croisement des langues, des accents, des définitions, toutes ces sonorités forment une connexion, un langage polyglotte qui devient une danse psychédélique. Pour peindre, j’utilise mon pinceau, mon briquet, ma scie, mon couteau, une râpe. Rien n’est figé, mes peintures sont aussi nomades que ma famille. Les deux cannes noires sont celles de la bergère, du chamane, de la sorcière, de la marcheuse, de la guérisseuse, de la guerrière, de celle qui est blessée et celle qui est fatiguée dans le RER D. 

C’est un univers pictural qui est trempé dans des cultes syncrétiques où la nature domine et est source de croyance spirituelle. L’animisme, le mystique sont les thématiques qui lient ces formes hybrides.
L’escargot est symbole de lenteur, l’escargot est bisexué : il est un allié de taille contre le capitalisme et la vitesse à laquelle nous devons vivre. Alors je me transforme en escargot pour prendre mon temps à regarder. L’escargot peut glisser sur une lame de couteau, sa force est magique. Ma gicle, cette bave qui est gluante et déroutante pour certains, est pour moi signe de sensualité, ça mouille, ça brille, ça glisse, c’est transparent, c’est excitant. Autant un bouclier contre les dangers, signe d’un passage qui brille au lendemain, une poésie matinale à regarder par ses traits nocturnes dessinés. Ici, l’escargot monte sur la cimaise pour vous distribuer ce message.


                                                                                                                       



Kîne’em, Kime ne, Ki MNE, Ki N, Ki M ? Qui mène ? Qui haine ? Qui aime ?

Peinture à l’huile sur tissus de prêt à porter montés sur châssis, sculptures terre et barbelée, cendres, menthe, cannes sculptés en bois, deux carapaces d’escargots, textes, rose, tissus trempés, + performance lu par Rafael Moreno et Simon Miné Koza. 




Performance lue par Rafael Moreno et Simon Miné Koza. 

Dans une boîte noire très étroite, un mot kurde au mur nous regarde : KINEM, qui sommes nous? K est une cow-boy, i est une illégale imaginée, N est une nomade, E est l’étoile piquante des frontières, M est une montagne monopolisée et surveillée. Ils forment un corps commun adossé au mur et entouré de ronces et de roses. Dans ce paysage, deux jumelles marchent avec la canne du berger, la langue se mêle, les cheveux s’emmêlent comme une liane connectée. Les cannes se transforment en cœur interrogatif, le langage se déconstruit et l’amitié se tient la main sous la montagne. 

City Name, Country. 
All Rights Reserved ©